La Chouette

Elle avait encore fait une insomnie. C’était sûrement dû à la pleine lune qui rétrograde en Mercure. Les draps étaient humides, une nuit caniculaire, un véritable enfer. Elle avait tout tenté pour rejoindre les bras de Morphée : une lecture de son livre de chevet, écouter de la musique et même compter les moutons.

Soudain, elle entendit un bruissement provenant du grand érable près de sa fenêtre. Ses feuilles pourpres chahutaient la vitre de sa fenêtre par grands vents. Elle se dirigea pieds nus vers l’origine du bruit. Là, dans la pâleur de la lumière du lampadaire de la rue, là, tout près, perché sur une branche, se trouvait une chouette effraie. Elle la fixait de ses grands yeux, d’un regard perçant.

Ce regard la glaça. Elle se figea sur place. Qu’annonçait cette chouette ? Un grand danger à venir, un malheur ? Elle ne savait pas pourquoi, mais « la » chouette lui faisait cette impression à chaque fois ; et malheureusement, sa croyance finissait toujours par se réaliser : l’année dernière, après l’avoir vue, elle avait perdu son frère lors d’une balade en Kayak. Le courant l’avait dévié, il avait tenté de revenir. Elle avait voulu l’aider, mais se faisait systématiquement ramener de l’autre côté. Les secours étaient arrivés trop tard.

Elle ouvrit la fenêtre pour laisser l’air entrer dans sa chambre, s’étonnant que le volatile ne détale pas.

« Tu n’as rien d’une chouette ordinaire, pas vrai ? »

Elles se fixèrent droit dans les yeux quelques secondes. Si la jeune femme tentait de découvrir ce que la chouette lui cachait, celle-ci restait de marbre.

« Comment savais-tu ? Pour mon frère ? »

Elle la fixa encore quelques secondes avant de se rendre compte de sa crédulité. Ce n’était qu’un oiseau, comment pourrait-il savoir prédire l’avenir ? Et mieux : comment pourrait-il lui répondre ? La chouette disparut soudain dans un bruissement d’ailes. La jeune fille aurait juré qu’elle lui avait cligné de l’œil avant de s’évaporer.

La jeune fille ne savait pas encore que la chouette viendrait la titiller de temps en temps et toujours la nuit. Elle ne partirait qu’après son fameux clin d’œil.

Le lendemain, tout se passa au mieux. Mais le surlendemain, le drame survint : elle marchait dans la rue, un café-to-go à la main. Une seconde d’inattention au passage piétons. Puis, plus rien. Juste la douleur, le bruit grinçant du crissement des pneus sur le bitume…

À SUIVRE…

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