Bon. J’avoue, j’ai fumé la moquette.
En fait, la moquette du jardin d’Alicia, qui consiste en de tout petits champignons trop mignons qu’elle a sauvagement arrachés et séchés, et donc on les a fumés. N’ayez crainte, grâce à la science moderne on savait ce qu’on faisait, on connaissait la sous-sous-espèce, le nom latin, les effets potentiels, indésirables, etc., et même les différentes recettes de cuisine possible.
Tout était sous contrôle, et donc les hallucinations étaient prévues et consenties.
Mais faut que j’vous raconte.
Bon.
Les lumières avaient des musiques.
Les musiques avaient des couleurs.
Alicia me transmettait des choses par la pensée, on est bien d’accord, des choses qu’on a jamais dites, on le sait vu qu’on s’est filmées. Mais on s’en souvient toutes les deux.
Les tentures aux murs bougeaient, et aujourd’hui où je vous parle, je sens toujours qu’elles bougent au-delà de ma perception. Je ne suis juste plus capable de les voir de la même manière.
C’est une réalité au-delà de mes sens. La prise de drogue hallucinatoire m’a juste fait prendre conscience que le mot « hallucination » nous trompe. On pense que la drogue plaque des images fausses sur la vérité physique, mais c’est juste notre perception qui change. J’ai appris que certaines de mes soi-disant hallucinations visuelles se rapprochaient probablement de la perception visuelle de certains iguanes.
Bref.
Ce n’est ça qu’il faut que je vous raconte.
On avait faim, et donc on est sorties au supermarché.
Vous vous dites la partie terre à terre de la prise de drogue. Ça va swinguer du réel, envoyer du concret, tabasser les hallus.
J’vous jure que c’était tout le contraire. Il y avait des trucs de dingues. Des bouts d’animaux dans, du plastique, genre pas des animaux entiers, des bouts.
Il y avait des bouts d’animaux broyés, reréunis, et précuits sous plastique, à recuire, mais venant de loin, et périmés le lendemain.
J’ai commencé à phaser réellement, je voyais tous le plastique du magasin comme un genre d’organisme vivant entre moi et les légumes et animaux morts, vraiment chelou.
Et là le plastique a commencé à me guider. Je sais pas, je l’entendais me parler, il me parlait de son œuvre, de son chef-d’œuvre, de sa gloire. Il me disait qu’il fallait que je voie ça pour comprendre son âme. Sur le moment, ça m’a paru plutôt normal.
Bon, aujourd’hui…
Et là, j’ai vu un œuf au plat précuit à réchauffer au micro-ondes, dans du plastique.
