J’avais 17 ans et il pleuvait dehors. Le froid était mordant, ici, le chauffage était tombé en panne il y a 3 jours déjà. C’était le 7 février, une semaine avant la Saint-Valentin que je devais passer avec mon amoureux de l’époque (un salaud). Ma chambre se situait au premier étage, face au vent qui soufflait contre les vieux volets grinçants.
J’aurais dû être couchée depuis longtemps, il était minuit passé, mais l’envie de regarder un film était trop forte. Alors j’ai saisi mon ordi et j’ai cherché dans ma bibliothèque jusqu’à tomber sur le bon : Orange Mécanique.
La musique a immédiatement rugi dans mon casque, dissimulant tous les bruits alentour. Puis les images ont suivi. Violentes, choquantes, peut-être agressives. Une cacophonie folle avait remplacé le monde qui m’entourait. Plus de volets grinçants, plus de pluie drue. Plus même de froid. L’orage qui grondait à l’extérieur et menaçait ma pauvre machine m’était totalement indifférent. Hypnotisée, j’ai été portée par le son et l’image jusqu’à m’oublier moi-même.
C’est – je m’en souviens parfaitement – au moment où le personnage sort de prison que je me suis soudain tournée et ai poussé un hurlement de terreur. Ma mère était là, derrière moi, le regard furieux et, je la sentais, happée elle aussi par l’image. D’un ton péremptoire, elle a exigé mon ordinateur. C’était le retour du froid, des volets, de l’averse, des éclairs et du tonnerre. J’ai refusé, me suis trouvé une excuse en prétextant ne pas pouvoir dormir. Alors, ma mère a pris la pire décision possible. À une heure du matin, elle a décidé de regarder Orange mécanique avec moi. Ce fut l’un des pires moments de ma vie : moi, seule avec ma catholique de mère, à regarder l’un des films les plus violents qui existent.
À la fin, elle s’est levée, pâle comme un linge, et m’a souhaité « Bonne nuit ». Seulement, une fois seule, je remarquai que la nuit n’était pas finie : la peur m’empêchait de dormir. Un « bruit » n’était pas à sa juste place. Quelque chose grattait… Tétanisée, j’imaginais tous les scénarios possibles, tous catastrophiques. Puis, prenant mon courage à deux mains, je descendis vers la source de cette fausse note. Bien sûr, l’orage avait coupé toutes les lumières, aussi j’utilisais mon téléphone pour avancer.
Le son continuait, toc toc toc toc, bien distinct, et surtout, non loin de moi. Prise de panique, je songeai à remonter me cacher sous mes draps, mais la curiosité était trop forte. D’une main tremblante, j’ouvris la porte menant à la cave où se trouvait alors la porte d’entrée et tombais nez-à-nez avec ma sœur aînée, assise sur les escaliers, le visage rougi par la fatigue et l’alcool. « Ah ben tu tombes bien ! J’arrivais plus à ouvrir la porte. » me dit-elle avec un regard pétillant. « C’est normal, je répondis en calmant les battements irréguliers de mon cœur et avec un ton de reproche, Elle s’ouvre dans l’autre sens ! »
