Ecriture automatique – Le festin de Mina

Ecriture automatique

Sa frange est jolie. C’est beau les cheveux, ça sort du crâne et ça crève dans l’air, comme les poissons. Quelle gueule on aurait avec des carpes sur la tête ? Il y a des carpes dans Alice. Alice a un chat, une chatte, Dinah. Mina s’appelle Mina comme Dinah un peu. J’ai réussi à faire céder mes parents sur les dernières lettres. C’est important les lettres, les sonorités. Ça sonne pareil, donc peu importe que je l’appelle Mina ou Dinah, l’intention est là… et de toutes manières, elle ne répond pas… Comme tous les chats. Pourquoi nous snobent-ils ? A moins que qu’ils ne nous accordent de l’attention que quand c’est important ? Mais qu’est-ce qui est important pour un chat ? La bouffe, le poisson, les caresses ? L’impression d’être les rois du Monde ? Ou cette certitude d’être cajolés ?

Le festin de Mina

Mina observe le monde s’affairer en tous sens autour d’elle. Confortablement installée sur son trône, elle hume les fumets précieux que ses compagnons·nes lui apportent. Des carpes dodues et dorées à souhait, avec quelques carottes émincées sur le côté. Un véritable banquet. Mina observe son clan placer les assiettes sur la table, fière d’être entourée de si bons guerriers et bonnes guerrières. La chasse a été bonne, il est maintenant temps de passer à table.

Mina s’étire de tout son long avant de bondir directement sur une chaise. Elle admire le festin sous ses yeux, remarquant que sa dernière proie manque à l’appel. Elle pourrait être déçue, mais au contraire : c’est un honneur que son apport ait eu l’air si succulent que l’un·e des membres de la communauté n’ait pu y résister.

Elle porte un morceau de poisson à ses lèvres, puis l’orage éclate : un florilège de hurlements et de chiffons qui volent en tous sens. Mina saute de la chaise et file le plus vite possible jusqu’à sa cachette préférée. Les pas qui la poursuivaient s’arrêtent sur le pas de la porte dans un concert de jurons. Mais elle n’en a plus rien à faire : le butin coincé entre ses dents, elle attend d’être confortablement installée derrière le casier pour savourer sa victoire. Un morceau de carpe de la taille de son coussinet, un luxe ! Fière de sa chapardise, elle avale goulûment son butin, sans se soucier des grondements de la cheffe de la meute. Il ne lui resterait jamais rien si elle attendait les restes, les derniers morceaux finissant au fond de la poubelle… alors elle a appris à chaparder tant que c’est frais !!!

Plus tard, elle évaluera la rancune de son clan au ton de leur voix. Elle ne parlait que des sonorités dans leur marécage de mots, et elle a appris à être à l’affût d’une certaine combinaison : Mina.  Mina, ce n’est ni un nom à proprement parler, mais un rang. Le rang de celle qui est cajolée la première et nourrie la dernière.

Elle reviendra avec le soleil et la douceur de son rang. Mi Na.

Ecriture automatique – Les déboires de l’ami ours-insecte

Ecriture automatique

L’horloge pesante qui manque inlassablement la montre fumeuse sans yeux. Ainsi v la vie dans le métier apprêté fermant la marche aux ours-insectes silencieux, mélomanes, cassés. Tirant la corde à mémé sans discontinuer. Bref, j’ai mis un imper qui sent le bouc même après lavage à 60. Minute minute papillon, voici que vient le houx miséreux. Chantilly sur le gâteau au nappage coco, penaud, le Renaud renardeau, Oriops stylés sans mascara singent la mer Iroise. Brest petite fille oubliée qui s’en va sans revenir, adorant, malgré tout, le désert de sa pauvre carcasse.

Les déboires de l’ami l’Ours-insecte

Minute minute papillon ! Mais qui va là ? C’est notre ami l’Ours-insecte !

Il s’en vient, clopin-clopant, bien silencieux pour un mélomane. C’est qu’aujourd’hui il a le bourdon. Mémé a poussé Henri dans les orties. Depuis, l’imper qu’Henri ne quitte jamais sens le bouc, même après lavage à 60. Vraiment, mémé a une araignée au plafond !

Et chantilly sur le gâteau au nappage coco, Renaud le renardeau, tout penaud, est venu lui annoncer que la petite Brest s’en va sans revenir, promener sa pauvre carcasse à travers les mers sur l’Abeille bourdon !

Alors l’Ours-insecte a le cafard. Tout énervé par cette accumulation de coups du sort, il rejoue sa conversation, singeant Renaud et ses manières de souris. Entre son ami désolé et la vieille bique qui fait des siennes, l’Ours-insecte a bien envie de sortir les griffes et de massacrer le premier venu.

Ouhlala lectrice, pour notre bien, laissons-là ce fauve en cage et sautons du coq à l’âne. De toute façon j’ai les crocs, je reprendrai bien une autre part de Babar au rhum.

LE rêve

Elle se réveilla, la tête pleine de ce rêve. C’était un rêve de nuit, il devint son rêve de jour. Il lui collerait à la peau jusqu’à sa mort, mais elle ne le sait pas encore.

Elle avait dix ans et ne comprenait pas pourquoi il était possible pour les enfants de rêver de « çà ». Ce n’était pas un beau rêve ni un mauvais d’ailleurs ni même un cauchemar, c’était tout simplement un rêve d’adulte qui s’était immiscé dans sa tête d’enfant.

Elle n’en parla pas.

Quelque temps plus tard, elle refit exactement le même rêve et se jura que s’il venait la titiller une troisième fois, elle en parlerait à sa mère, mais il ne revint jamais lui rendre visite.

Plus tard, bien plus tard, devenue une vieille dame, elle sourit au souvenir de ce rêve qu’elle qualifie d’énigmatique et nous invite à le partager, à l’y rejoindre quand elle avait dix ans..

La fillette est de dos, immobile, seul être vivant. Il n’y a pas de ciel pas de sol non plus. Il n’y a rien à part, face à elle, un immense rouleau qui occupe tout son champ de vision. Cela ressemble aux rouleaux de moquette que l’on trouve dans les magasins, mais celui-là on n’en voit pas le bout. Il est presque blanc et toujours en mouvement.

Il se déroule lentement au même rythme. On pourrait dire qu’il se dévide puisqu’il fabrique sa propre matière. Quelque chose de doux presque feutré qui n’a pas de fin.

Au début c’est apaisant, mais une monotonie s’installe, le mouvement se répète inlassablement et la fillette commence à s’ennuyer ferme. Elle ne peut bouger, regarder ailleurs parce qu’il n’y a pas d’ailleurs. Elle est comme une spectatrice que l’on aurait posée là.

Un détail retient soudain son attention. Un petit accroc s’est formé sur la matière, puis un second et encore un troisième. La fluidité du mouvement se perd. Du blanc le rouleau passe au gris, au noir, sa matière devient acier. Tout s’entrechoque, se disloque, se percute laissant place à une énorme casse de voitures.

Plus rien ne va et pourtant petit à petit, lentement, la matière se réemboîte, se ressoude, se rembobine. Le rouleau reprend sa forme initiale, son mouvement lancinant, inexorable, presque pénible … jusqu’au prochain chaos.

La fillette vient d’assister à un cycle en mouvement, une abstraction quasi mathématique. Elle n’a pas la capacité de le conceptualiser, elle est trop jeune, par contre face à ce rêve incongru elle réagit en se disant « les enfants ne devraient pas rêver comme çà. »

L’histoire de ce rêve aurait pu s’arrêter là comme une énigme non résolue.

Mais la vieille dame après avoir écrit ces quelques lignes se pose une question de manière tout à fait fortuite : « En quelle année j’avais dix ans ?

Un souvenir de cette année-là lui trotte dans la tête. Elle est dans la boulangerie de

ses parents, derrière le comptoir avec sa mère. Plusieurs clientes du quartier achètent leur pain tout en conversant. Ces moments d’échange quelquefois longs pour la fillette lui font penser à un forum, une sorte de« boulangerie-forum » où les femmes du quartier se donnent rendez-vous pour dire ce qui va et ce qui ne va pas.

Ce jour-là il semble se passer quelque chose de grave. « Faire ses courses au centre-ville, c’est devenu dangereux », dit l’une. Une autre : « Rendez-vous compte, même les enfants de Mme B. en font partie ! ». La fillette les connaît, ce sont des grands qui vont à l’université. Ils habitent au troisième étage de son immeuble.

Une fois les clientes parties, elle a posé une question : « Alors, c’est la guerre maman ? » .

La vieille dame qu’elle est devenue n’a aucun souvenir de la réponse, peut être que sa mère n’a pas eu le temps de lui expliquer vraiment ce qui se passait dans certains quartiers de Brest. Mais maintenant, elle sait, elle vient de résoudre l’énigme et de comprendre le pourquoi de son rêve. C’était tout simplement le début de ce qu’on nommera bien plus tard les évènements de MAI 68.

Du Pied gauche

Je m’étais levée du pied gauche, littéralement.

Alors que je me lève toujours du pied droit. C’est ainsi depuis 30 ans. Chaque soir, avant de me coucher, je dispose soigneusement mes chaussons de biais près de mon lit. De sorte qu’à mon réveil, je n’aie qu’à effectuer une légère rotation des hanches, à basculer d’abord ma jambe droite par-dessus le rebord du lit, que mon pied glisse doucement dans la pantoufle de droite, avant de chausser la gauche. C’est logique, optimisé. À tel point qu’après 30 ans de ce petit rituel, le lino gardait la trace exacte de mes pantoufles, à 45° du rebord du lit, 1m à partir de la tête de lit.

Enfin jusqu’à ce matin-là, où je m’étais levée du mauvais pied.

Parce ce que je m’étais levée du pied gauche, je renversai ma tartine par terre. Sur le côté beurré, forcément. Puis lorsque je me baissai pour lacer mes chaussures, l’entrejambe de mon pantalon craqua dans une dernière supplication.

Dévastée par cet amoncellement de coups du sort, je pris soin de me tenir loin du miroir de l’entrée alors que je vérifiais une dernière fois mon allure avant de partir travailler. Il n’aurait pas fallu qu’en plus j’ajoute 7 ans de malheur à cette journée de malchance !

Tournant sur moi-même, très satisfaite de ma tenue, je remarquai que mon reflet m’adressait des clins d’œil. Intriguée, j’approchai mon visage du miroir pour vérifier mes yeux. Ils étaient normaux, marqués par les cernes, mais normaux. Mais à présent, voilà que mon double tirait la langue, moqueur. Inquiète, je portai les mains à ma bouche, ne rencontrant que mes lèvres closes.

Anxieuse, je tâtai chaque recoin de mon visage pour vérifier que tout correspondait à mon reflet. Lorsqu’à l’unisson nous attrapâmes notre nez, je sentis soudain un très grand vide à la place du mien. Pourtant je le voyais toujours, petit et retroussé, dans le miroir. Terrorisée, je voulus passer ma main dans mes cheveux pour reprendre contenance, mais ils n’étaient plus. Le reflet se fit grimaçant. Je fermai les yeux pour fuir son regard fiévreux.

Je me réveillai dans mon lit, la hanche, droite, prête à effectuer sa rotation de 90° pour que mon pied, droit, atteigne la pantoufle, droite, disposée à 45° du rebord du lit et à 1m de la tête de lit.

Bon.

Bon. J’avoue, j’ai fumé la moquette.

En fait, la moquette du jardin d’Alicia, qui consiste en de tout petits champignons trop mignons qu’elle a sauvagement arrachés et séchés, et donc on les a fumés. N’ayez crainte, grâce à la science moderne on savait ce qu’on faisait, on connaissait la sous-sous-espèce, le nom latin, les effets potentiels, indésirables, etc., et même les différentes recettes de cuisine possible.

Tout était sous contrôle, et donc les hallucinations étaient prévues et consenties.

Mais faut que j’vous raconte.

Bon.

Les lumières avaient des musiques.

Les musiques avaient des couleurs.

Alicia me transmettait des choses par la pensée, on est bien d’accord, des choses qu’on a jamais dites, on le sait vu qu’on s’est filmées. Mais on s’en souvient toutes les deux.

Les tentures aux murs bougeaient, et aujourd’hui où je vous parle, je sens toujours qu’elles bougent au-delà de ma perception. Je ne suis juste plus capable de les voir de la même manière.

C’est une réalité au-delà de mes sens. La prise de drogue hallucinatoire m’a juste fait prendre conscience que le mot « hallucination » nous trompe. On pense que la drogue plaque des images fausses sur la vérité physique, mais c’est juste notre perception qui change. J’ai appris que certaines de mes soi-disant hallucinations visuelles se rapprochaient probablement de la perception visuelle de certains iguanes.

Bref.

Ce n’est ça qu’il faut que je vous raconte.

On avait faim, et donc on est sorties au supermarché.

Vous vous dites la partie terre à terre de la prise de drogue. Ça va swinguer du réel, envoyer du concret, tabasser les hallus.

J’vous jure que c’était tout le contraire. Il y avait des trucs de dingues. Des bouts d’animaux dans, du plastique, genre pas des animaux entiers, des bouts.

Il y avait des bouts d’animaux broyés, reréunis, et précuits sous plastique, à recuire, mais venant de loin, et périmés le lendemain.

J’ai commencé à phaser réellement, je voyais tous le plastique du magasin comme un genre d’organisme vivant entre moi et les légumes et animaux morts, vraiment chelou.

Et là le plastique a commencé à me guider. Je sais pas, je l’entendais me parler, il me parlait de son œuvre, de son chef-d’œuvre, de sa gloire. Il me disait qu’il fallait que je voie ça pour comprendre son âme. Sur le moment, ça m’a paru plutôt normal.

Bon, aujourd’hui…

Et là, j’ai vu un œuf au plat précuit à réchauffer au micro-ondes, dans du plastique.

Cacophonies Nocturnes

J’avais 17 ans et il pleuvait dehors. Le froid était mordant, ici, le chauffage était tombé en panne il y a 3 jours déjà. C’était le 7 février, une semaine avant la Saint-Valentin que je devais passer avec mon amoureux de l’époque (un salaud). Ma chambre se situait au premier étage, face au vent qui soufflait contre les vieux volets grinçants.

J’aurais dû être couchée depuis longtemps, il était minuit passé, mais l’envie de regarder un film était trop forte. Alors j’ai saisi mon ordi et j’ai cherché dans ma bibliothèque jusqu’à tomber sur le bon : Orange Mécanique.

La musique a immédiatement rugi dans mon casque, dissimulant tous les bruits alentour. Puis les images ont suivi. Violentes, choquantes, peut-être agressives. Une cacophonie folle avait remplacé le monde qui m’entourait. Plus de volets grinçants, plus de pluie drue. Plus même de froid. L’orage qui grondait à l’extérieur et menaçait ma pauvre machine m’était totalement indifférent. Hypnotisée, j’ai été portée par le son et l’image jusqu’à m’oublier moi-même.

C’est – je m’en souviens parfaitement – au moment où le personnage sort de prison que je me suis soudain tournée et ai poussé un hurlement de terreur. Ma mère était là, derrière moi, le regard furieux et, je la sentais, happée elle aussi par l’image. D’un ton péremptoire, elle a exigé mon ordinateur. C’était le retour du froid, des volets, de l’averse, des éclairs et du tonnerre. J’ai refusé, me suis trouvé une excuse en prétextant ne pas pouvoir dormir. Alors, ma mère a pris la pire décision possible. À une heure du matin, elle a décidé de regarder Orange mécanique avec moi. Ce fut l’un des pires moments de ma vie : moi, seule avec ma catholique de mère, à regarder l’un des films les plus violents qui existent.

À la fin, elle s’est levée, pâle comme un linge, et m’a souhaité « Bonne nuit ». Seulement, une fois seule, je remarquai que la nuit n’était pas finie : la peur m’empêchait de dormir. Un « bruit » n’était pas à sa juste place. Quelque chose grattait… Tétanisée, j’imaginais tous les scénarios possibles, tous catastrophiques. Puis, prenant mon courage à deux mains, je descendis vers la source de cette fausse note. Bien sûr, l’orage avait coupé toutes les lumières, aussi j’utilisais mon téléphone pour avancer.

Le son continuait, toc toc toc toc, bien distinct, et surtout, non loin de moi. Prise de panique, je songeai à remonter me cacher sous mes draps, mais la curiosité était trop forte. D’une main tremblante, j’ouvris la porte menant à la cave où se trouvait alors la porte d’entrée et tombais nez-à-nez avec ma sœur aînée, assise sur les escaliers, le visage rougi par la fatigue et l’alcool. « Ah ben tu tombes bien ! J’arrivais plus à ouvrir la porte. » me dit-elle avec un regard pétillant. « C’est normal, je répondis en calmant les battements irréguliers de mon cœur et avec un ton de reproche, Elle s’ouvre dans l’autre sens ! »

Une banale journée d’été

C’est une journée d’été, il a plu, le soleil a un peu traversé les nuages, une brume épaisse s’est installée sur la rade, une banale journée d’été. À la plage, une enfant a ouvert grand sa bouche pour avaler quelques grêlons, et j’ai vu mais vraiment vu une ville cathédrale apparaître en mer d’Iroise.